Ski Press World Inc. - Index

Ski Press World Inc. - Quebec Vol.22 No.2 - Index

LE PRO SKI ACROBATIQUE
PAR EVE BOISSONNAULT
P-A ROUSSEAU
retour De après
détour
un long
Les hauts et les bas de la carrière de P-A Rousseau
se racontent comme un fi lm et, dans une fi nale
digne d’Hollywood, c’est par une victoire que
s’est terminée la saison dernière.
En 2003, le bosseur Pierre-Alexandre Rousseau était au sommet de sa
gloire. Il remportait la Coupe du monde de ski acrobatique à Tremblant,
devant les siens, sur une piste nommée en l’honneur de son illustre prédécesseur
Jean-Luc Brassard, à qui on le compare souvent. Le moment était
particulièrement chargé en émotions puisque, un an auparavant jour pour
jour, le jeune bosseur de Drummondville avait subi une importante blessure
au cou qui l’avait écarté de la compétition pour le reste de la saison. Mais
au lendemain de cette victoire, les années qui suivront ne seront pas aussi
douces. Le spécialiste de la descente à bosses devra remonter une pente
raide et remplie d’obstacles.
Quand le succès se pousse et fait place à une dégringolade dans les rangs
mondiaux, à une double absence remarquée aux Jeux olympiques (Salt Lake
et Turin) et à la mise au jour d’un scandale fi nancier qui coûtera son poste
à l’ex-présidente de l’Association canadienne de ski acrobatique, on peut
comprendre que P-A Rousseau ait défrayé davantage la manchette pour ses
mésaventures que pour ses exploits sur les pistes. Mais au cours de la saison
dernière, l’athlète a effectué un retour qui l’a mené de nouveau au sommet
de son sport, prouvant à tous ses détracteurs qu’il possédait réellement la
fi bre d’un champion du monde. Le fait saillant est survenu en avril dernier,
alors que P-A Rousseau a été couronné grand gagnant des Championnats
du monde à Madonna di Campiglia, en Italie. Cette journée-là, rien n’allait
l’arrêter, même pas un ski cassé en pleine descente.
Est-ce que la victoire est plus douce la deuxième fois ? Oui et non, semblet-il.
« C’est plus dur, car tu te bas contre quelque chose que tu as déjà
prouvé », lance le skieur qui amorce sa douzième saison en Coupe du monde
cette année. « Mais c’est tellement plus beau la deuxième fois. » Après avoir
mis un terme à sa relation d’affaires avec l’entraîneur Dominick Gauthier,
P-A Rousseau a jugé bon de prendre en main sa destinée professionnelle.
« J’ai pris le contrôle de ma carrière, physiquement et techniquement. J’ai
fait des entraînements en longue distance, ce que l’on m’avait toujours
déconseillé, et je me suis remis en forme, perdant du poids par le fait
même. » Cette nouvelle vitalité, P-A en a fait bénéfi cié l’équipe nationale,
qu’il a réintégré après avoir travaillé en solo depuis tant d’années. « Il m’a
fallu refaire mon nom », dit-il. Mais ce long processus a donné l’occasion à
ses coéquipiers de redécouvrir P-A, le skieur mais aussi l’homme qu’il est.
C’est avec plusieurs années d’expérience, avec des succès et des échecs
que P-A s’est mêlé de nouveau aux autres, acceptant même de faire équipe
avec un entraîneur de l’équipe nationale, Rob Kober, une situation qu’il juge
aujourd’hui idéale.
32 SPÉCIAL DESTINATIONS 2008
Photos: Mike Ridewood
P-A Rousseau,
champion du
monde 2007
P-A Rousseau et Kristi Richards, aussi championne du monde
C’est d’ailleurs un P-A P A Rousseau plus humble et plus lucide lu que l’on rencontre
aujourd’hui. Le terme processus semble d’ailleurs au cœur de sa
vision des choses. « Ça ne donne rien, la médaille, si tu n’as rien appris dans
le processus », confi e-t-il. Pour lui, la clé du succès réside non seulement
dans le fait d’avoir confi ance en soi, mais aussi dans le fait de savoir pourquoi
on veut être le meilleur au monde. « J’utilise mon sport pour apprendre
de son processus et pour être en mesure de le partager avec les autres par
la suite. Je veux, par mon expérience, aider les autres à apprendre à se
remettre de leurs échecs. Les gens qui ne réussissent pas ont arrêté d’y
croire. Il ne faut pas se décourager et c’est une échappatoire que de dire
qu’on n’a pas de talent. En fait, personne ne m’a dit que j’avais du talent,
mais je me suis rabattu sur le fait d’y croire et en ce sens, ma fracture au
cou mettait au test ma confi ance en moi. Je pense que si tu fais ce que tu
fais pour apprendre à te connaître, tu es certain de gagner, car tu le fais
pour toi-même. » Avec toute cette sagesse, pas surprenant que P-A se sente
à l’aise dans un rôle d’enseignant et qu’il souhaite devenir conférencier dans
son après carrière. Mais avant de partager ce fameux processus avec autrui,
c’est Vancouver 2010 qui l’attend. Qui sait, cette fois, le fi lm se terminerat-il
peut-être par l’obtention d’une médaille olympique ?
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